"Quiero hablar de un viaje que he estado haciendo, un viaje más allá de todas las fronteras conocidas..." James Cowan: "El sueño del cartógrafo", Península, 1997.

viernes, 30 de diciembre de 2011

Créons une Europe des citoyens !

Par Ulrich Beck, sociologue et philosophe. Traduit de l’allemand par Valérie Bonfils (LE MONDE, 27/12/11):

L’Europe a déjà accompli une fois un miracle : celui d’avoir transformé des ennemis en voisins. Face à la crise de l’euro, la question cardinale se pose aujourd’hui différemment : comment l’Europe peut-elle, dans l’avalanche de risques d’un monde globalisé, garantir paix, liberté et sécurité à ses citoyens ? Pour cela, il ne faut rien moins qu’un second miracle : passer de l’Europe de la bureaucratie à une Europe des citoyens.

Il fut un temps où, après la restructuration de la dette grecque, chacun poussa un soupir de soulagement et se prit à espérer : l’Europe est vivante et peut-être même suffisamment forte et habile pour surmonter ses problèmes. Puis le premier ministre grec Georges Papandréou annonça qu’il voulait consulter son peuple sur une question qui engageait son destin. C’est alors qu’apparut une réalité cachée, l’envers du décor : celui qui, dans cette Europe si fière de sa démocratie, veut la pratiquer, devient une menace pour l’Europe ! Papandréou se vit contraint de renoncer à la démocratie.

Nous avions espéré avec Hölderlin que là “où est le péril, croît le salutaire aussi”. Force est de constater qu’une tout autre réalité se profile : là où est le salutaire, croît le risque aussi. En tout cas, une question angoissante vient se nicher furtivement : ce qui est censé sauver l’euro va-t-il abolir l’Europe démocratique ? L’Union européenne “sauvée” ne sera-t-elle plus l’Union européenne telle que nous la connaissons, mais un Empire européen dominé par l’Allemagne ? Cette crise sans fin va-t-elle accoucher d’un monstre politique ?

Il n’y a pas si longtemps, il était encore fréquent de médire de la cacophonie de l’Union européenne. Subitement, l’Europe a un numéro de téléphone. Il se trouve à Berlin. Angela Merkel en est l’actuelle propriétaire.

Hier, il semblait que la crise soulevait la vieille question de la finalité de l’Union européenne. L’Europe doit-elle devenir une grande nation, une confédération d’Etats, un Etat fédéral, une simple communauté économique, des Nations unies indépendantes, voire quelque chose d’historiquement nouveau, à savoir une Europe cosmopolitique, fondée sur un droit européen, et qui coordonne politiquement des Etats nationaux européanisés ? Tout cela ressemble soudain à un folklore issu de temps révolus.

“Quelle Europe voulons-nous ?” Cette question donne faussement à penser qu’après le sauvetage de l’euro, on pourrait encore avoir le choix. Il semble qu’il soit trop tard, au moins pour les Grecs, les Italiens et les Espagnols. Le gouvernement grec, celui qui doit exiger le plus de ses citoyens, est de fait placé sous tutelle et se trouve dos au mur face aux troubles que connaît le pays. On fait appel à des professionnels de la liquidation, comme Mario Monti ou Lucas Papadémos. Car les plans d’économies se sont révélés suicidaires pour les dirigeants des Etats endettés qui ont dû céder leur place. Ce fut tout d’abord le cas en Irlande et au Portugal, puis en Grèce, en Italie et en Espagne.

Ce n’est pas seulement la structure du pouvoir qui a durablement changé, mais c’est une nouvelle logique de pouvoir qui émerge. Voici à quoi ressemble la nouvelle “Europe de Merkel”(Der Spiegel du 31 octobre) : le pouvoir obéit à une logique d’empire, non pas militaire mais économique, qui établit une différence entre pays débiteurs et pays créanciers (c’est pourquoi, il est absurde de parler de “IVe R eich”). Son fondement idéologique est ce que j’aimerais appeler l’euronationalisme allemand, soit une version européenne du nationalisme du deutschemark.

C’est ainsi que la culture allemande de la stabilité est élevée au rang d’idée européenne dominante. La stabilisation du pouvoir hégémonique repose sur l’assentiment des pays européens indépendants. Comme Adenauer en son temps, certains croient que le modèle allemand exerce une force d’attraction magnétique sur les Européens. Il est plus réaliste de se demander sur quoi repose le pouvoir de sanction. Angela Merkel a décrété qu’une perte de souveraineté était le prix à payer pour un endettement démesuré.

Les pays qui n’ont pas adopté l’euro se sentent exclus des processus de décision qui déterminent le présent et l’avenir de l’Europe. Ils se voient rabaissés au rang de simples observateurs et n’ont plus voix au chapitre politique. La Grande-Bretagne, qui est entraînée vers une position insignifiante en Europe, en est l’exemple le plus évident.

Pourtant au sein des pays de la zone euro, le nouveau centre de pouvoir, secoué par la crise, connaît également une division dramatique, cette fois entre les pays qui sont ou seront bientôt sous perfusion du fonds de sauvetage et ceux qui financent celui-ci. Les premiers n’ont plus d’autre issue que de se plier aux exigences de l’euronationalisme allemand. Ainsi, l’Italie, sans doute l’un des pays les plus européens, est-elle menacée de ne plus jouer aucun rôle dans les choix décisifs de l’Europe d’aujourd’hui et de demain.

Le multilatéralisme devient ainsi unilatéralisme, l’égalité hégémonie, la souveraineté retrait de souveraineté, la reconnaissance de la dignité démocratique d’autres nations dépossession de cette reconnaissance. Même la France, qui a longtemps dominé l’Union européenne, doit à présent suivre les préconisations de Berlin parce qu’elle craint aussi pour son triple A.

Cet avenir, qui germe dans le laboratoire du sauvetage de l’euro, dont il est pour ainsi dire un effet secondaire intentionnel, ressemble effectivement, j’ose à peine le dire, à une variante européenne tardive de l’Union soviétique. L’économie planifiée centralisée ne consiste plus ici à élaborer des plans quinquennaux pour produire des biens et des services mais pour réduire la dette. Leur application est confiée à des “commissaires” qui, sur la base de “mécanismes de sanction” (Angela Merkel), sont habilités à tout mettre en oeuvre pour détruire les villages Potemkine de pays notoirement endettés. On connaît le destin de l’Union soviétique.

Pourquoi avons-nous à présent une Europe allemande malgré les mises en garde insistantes de Thomas Mann dans le passé ? L’Allemagne ne peut pas être allemande sans l’Europe. Déjà la réunification des deux Allemagnes n’a été possible que grâce à la pacification de l’Europe. Dans la crise de l’euro, ce qui est “allemand” et ce qui est “européen” (ou doit le devenir) est de nouveau également tissé d’une manière nouvelle. L’Allemagne est trop souveraine, trop puissante, trop européenne et impliquée dans l’économie mondiale pour pouvoir s’offrir le luxe de ne pas sauver l’euro. Un éléphant ne gagne pas la confiance en se faisant passer pour un pauvre moineau. Le chemin vers l’empire européen est donc de nouveau pavé de bonnes intentions européennes. Comme toujours, le mot “pouvoir”, tabou en Allemagne, est remplacé délibérément par “responsabilité”, le mot préféré des Allemands.
Angela Merkel décline la “responsabilité européenne” selon les maximes du pouvoir de l’euronationalisme allemand. Il s’agit donc de chercher des réponses allemandes à la crise européenne, et même, en fin de compte, de faire de la culture de la stabilité allemande la réponse passe-partout cette crise. Il en résulte un mélange d’engagement européen réel et de nationalisme authentique, d’engagement européen plus ou moins feint vis-à-vis de l’étranger mais aussi de nationalisme plus ou moins feint face au scepticisme croissant des Allemands à l’égard de l’Europe. Le pouvoir tente ainsi, de manière pragmatique, de concilier l’inconciliable, c’est-à-dire, dans un climat anti-européen en Allemagne, de sauver l’euro et l’Union européenne et de remporter des élections.

La chancelière procède à un partage national des valeurs européennes. A l’intérieur : la démocratie ; à l’extérieur : losers can’t be choosers (“Les perdants ne peuvent pas être ceux qui choisissent”). La formule magique de l’Allemagne d’après-guerre, la “politique de stabilité”, implique, pour les autres, de renoncer à nouveau à la liberté politique.

Dans un mélange, digne d’Angela Merkel, d’assez grande confusion, d’hypocrisie, de rigueur protestante et de calcul européen, le gouvernement Merkel, y compris l’Européen Schäuble, érige l’euronationalisme allemand en ligne directrice d’interventions politico-économiques dans les pays de la zone euro qui ont péché. Il ne s’agit rien moins que de civiliser un Sud trop dépensier, au nom de la “raison économique”, de “l’Europe” et de “l’économie mondiale”. Notre politique financière est d’autant plus allemande qu’elle est européenne : telle est la devise.

Toutefois, cette structure hégémonique ne pourrait-elle pas receler la possibilité de lever les blocages de l’Union européenne ? Je dis bien “pourrait”. En effet, comment gouverner cet énorme espace de 27 Etats membres s’il faut, avant chaque décision, convaincre 27 chefs de gouvernement, conseils des ministres et Parlements ? La réponse est contenue dans la question. Contrairement à l’Union européenne, l’empire européen est de facto une communauté à deux vitesses. Seule la zone euro (et non l’Union européenne) jouera à l’avenir un rôle avant-gardiste dans l’intégration européenne. Ne serait-ce pas là une chance alors qu’il est urgent d’imaginer de nouvelles institutions ?

Il est question depuis assez longtemps déjà d’un “gouvernement économique”. Ce qui se cache derrière cette notion doit être précisé, négocié et expérimenté. A plus ou moins court terme, les euro-obligations, très controversées, seront vraisemblablement mises en place. Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, plaide d’ores et déjà pour l’introduction d’un impôt sur les transactions financières auquel, au sein de l’Union européenne, la Grande-Bretagne opposerait assurément son veto.

Cependant, cette voie vers une Europe des apparatchiks, avec un Politburo à Bruxelles ou à Berlin, parachève la malformation congénitale de l’Europe et pousse à l’extrême le paradoxe d’une Europe qui existe bel et bien sans Européens. Plus encore, les citoyens des pays financeurs se sentent dépouillés et ceux des pays débiteurs mis sous tutelle. L’Europe devient l’ennemi. Au lieu d’avoir une Europe des citoyens, on assiste à un mouvement de colère des citoyens à son égard.

Le président américain John F. Kennedy a autrefois étonné le monde entier en proposant la création des Peace Corps. Pourquoi la nouvelle Européenne qu’est Angela Merkel ne pourrait-elle pas à son tour étonner le monde en soutenant la mise en oeuvre de l’idée suivante : la crise de l’euro n’est pas seulement une question d’économie ; il s’agit aussi d’engager par le bas l’européanisation de l’Europe ; il s’agit de diversité et d’autodétermination, d’un espace politique et culturel dans lequel les citoyens ne peuvent plus continuer à se sentir ennemis avec, d’un côté, les mis sous tutelle et, de l’autre, les dépouillés. Créons l’Europe des citoyens, maintenant !

La privatización de la guerra

Por Paul Laverty, guionista de la película Route Irish, dirigida por Ken Loach. Traducción de María Luisa Rodríguez Tapia (EL PAÍS, 27/12/11):

Todos conocemos en qué consiste el ritual del regreso del cuerpo de un soldado muerto en tierra extranjera: música solemne, bandera nacional, escoltas y saludos, recogidos con gran detalle en los medios de comunicación. Políticos y generales tienen palabras de consuelo para los apesadumbrados familiares, muchos de ellos tan jóvenes que con frecuencia tienen bebés en brazos.

Pero no fue eso lo que vivió Deely, la hermana de Robert, un exparacaidista que murió en una emboscada en Irak y cuyo cadáver fue llevado desde Kuwait al aeropuerto de Glasgow. El encargado de la funeraria explicó a Deely que en el avión habían llegado 10 cadáveres, dos de ellos imposibles de identificar. El ataúd de Robert parecía “una gran caja naranja”. No hubo ninguna fanfarria, ninguna bandera británica, ningún periodista, ninguna pregunta. Su muerte, que se sepa, no se incluyó en ninguna lista. La razón era muy sencilla: Robert había dejado de ser paracaidista y en el momento de morir era “contratista privado”. Algunos les llaman soldados de empresa o asesores de seguridad. Los iraquíes les llaman mercenarios.

La guerra está privatizándose poco a poco y de forma deliberada ante nuestras narices. La caja naranja que sirvió de ataúd a Robert nos lo demuestra, igual que las estadísticas. Patrick Cockburn, un respetado comentarista especializado en la situación de Irak, calcula que, en el apogeo de la ocupación, había alrededor de 160.000 contratistas privados en el país, muchos de los cuales, quizá hasta 50.000, eran personal de seguridad fuertemente armado. La guerra y la ocupación posterior habrían sido imposibles sin su contribución.

Gracias a Paul Bremer, el jefe designado por Estados Unidos para dirigir la Autoridad Provisional de la Coalición, todos esos contratistas gozaban de inmunidad ante las leyes iraquíes, en virtud de la Orden 17, que el Parlamento iraquí se vio obligado a aceptar (y que estuvo en vigor desde 2003 hasta principios de 2009).

A nadie le interesa contar cuántos civiles iraquíes han resultado muertos o heridos a manos de los contratistas privados, pero existen numerosas pruebas que indican que hubo abusos generalizados. La matanza de 17 civiles llevada a cabo por Blackwater en el centro de Bagdad fue el incidente más famoso, pero hubo muchos más de los que no se habló. Un veterano contratista me contó, con la condición de permanecer en el anonimato, que había hablado con un sudafricano que le dijo que matar a un iraquí era igual que “matar a un kaffir (el despectivo empleado en Sudáfrica para referirse a los negros)”. Otros contratistas de buena fe, orgullosos de su profesionalidad, me hablaron de la repugnancia que les inspiraba la violencia de “los vaqueros”. Si había un contratista involucrado en un incidente que hubiera causado revuelo, su empresa le sacaba a toda velocidad del país. La impunidad por decreto.

Mientras los contratistas de a pie se jugaban la vida y la integridad física en Route Irish, los directivos de esas mismas empresas ganaban fortunas. David Lesar, consejero delegado de Halliburton (el consejero delegado anterior había sido Dick Cheney), ganó algo menos de 43 millones de dólares en 2004. Gene Ray, de Titan, obtuvo más de 47 millones entre 2004 y 2005. J.P. London, de CACI, ingresó 22 millones. Y lo importante siempre son los detalles. Los contratistas privados cobraban al Ejército de Estados Unidos hasta 100 dólares por hacer la colada de un solo soldado. En un informe oficial fechado en enero de 2005, el investigador general especial para la Reconstrucción de Irak, Stuart Bowen, reveló que habían desaparecido más de 9.000 millones de dólares en casos de fraude y corrupción, y eso durante un periodo muy limitado de la Autoridad Provisional. También existió impunidad económica.

Como me dijo un contratista, “el lugar apestaba a dinero”. No es extraño que muchos soldados y miembros de las Fuerzas Especiales, mal remunerados, buscaran trabajo en esas empresas privadas, en las que veían una oportunidad única de forrarse.

Pero no solo se forraron de dinero.

Estamos ya acostumbrados a ver imágenes de carnicerías y matanzas allí. Estamos acostumbrados a historias de miles de millones desaparecidos, codicia empresarial, abusos, torturas y cárceles secretas. El detallado cálculo que hacía The Lancet de 654.965 muertos hasta junio de 2006 es casi imposible de concebir. Ahora parece todo convenientemente lejano, tanto en el tiempo como en el espacio. Según dicen, nos ha invadido el hartazgo de Irak.

Pero el allí está volviendo a casa, a Reino Unido y EE UU. Irak está en la mente de nuestros chicos.
Me asombró enterarme, por la organización Combat Stress, que se ocupa de soldados que sufren trastorno de estrés postraumático, que el TEPT tarda en manifestarse, por término medio, alrededor de 17 años. Están preparándose (igual que el Ejército de EE UU) para una enorme avalancha en los próximos años.

Norma, una amable enfermera a punto de jubilarse, que ha pasado años con antiguos soldados, fue quien abrió el camino a esta historia cuando me dijo que “muchos de estos hombres guardan luto por sus viejas identidades”. Un antiguo soldado me enseñó un cuadro que había pintado de sí mismo. “Solo quiero recuperar a mi viejo yo”, dijo.

La orden 17 se ha revocado en Irak, pero su espíritu sigue dominando: el hedor de la impunidad, las mentiras, el desprecio al derecho internacional, el boicot de los convenios de Ginebra, las cárceles secretas, la tortura, el asesinato, los cientos de miles de muertos. Cuando imagino a los autores intelectuales de todo lo mencionado, Bush, Blair y compañía, con Aznar detrás, cobrando todos esos millones después de sus discursos y sus cenas y sus fundaciones interconfesionales, no puedo dejar de pensar en las enfermeras en Faluya que asisten hoy a los partos de niños con dos cabezas y cuerpos deformes gracias a las bombas químicas arrojadas sobre la ciudad. El regalo que dejamos al futuro.
En un vergonzoso discurso dirigido a los soldados de Fort Bragg el 14 de diciembre de 2011, para conmemorar el fin de la ocupación militar estadounidense, Obama dijo a las tropas entusiasmadas que se iban “con la cabeza alta”. Con la mezcla habitual de sentimentalismo e hipocresía que tan bien se les da, lloraron a sus muertos e ignoraron la matanza de iraquíes. En un mundo decente, agacharían la cabeza abochornados, pedirían perdón por su brutalidad y empezarían a pagar compensaciones por los millones de vidas destruidas durante generaciones.

lunes, 3 de octubre de 2011

El triunfo de las ciudades. Cómo nuestra gran creación nos hace más ricos, más listos, más sostenibles, más sanos y más felices. Edward Glaeser.

Urbanofilia

SALVADOR GINER EL PAÍS 01/10/2011
Edward Glaeser realiza un canto a la ciudad en un docto y a la vez ágil tratado de urbanismo y urbanidad
No acabamos de decidirnos a favor ni en contra de la vida urbana. Desde el mismo momento de la invención de la ciudad sus moradores las han venerado, sin que faltaran quienes las aborrecían. Las maldiciones bíblicas contra Babilonia, la Gran Ramera, no son precisamente de ayer mismo. Poseemos en Europa una extraordinaria literatura sobre las ciudades, nunca libre del todo de esta inclinación a la desmesurada admiración o a la más abierta condena.
"Ayudemos a los pobres, no a las ciudades pobres", reza una de sus frecuentes expresiones de lapidaria sencillez

Fray Antonio de Guevara sabía bastante de esto cuando en 1539 dio a la imprenta su Menosprecio de corte y alabanza de aldea, sin decidirse demasiado ni por la una ni por la otra. En su siglo, el señor alcalde de Burdeos, Michel de Montaigne, amigo grande de la vida rural, nunca se distanció de la capital gascona ni dejó de sentir por París cariño y lealtad política. Las cosas se irían agriando, sin embargo, a medida que la ciudad se convertía en un pozo de vicios, o de tumulto revolucionario, como lo vio Thomas Hobbes en su poco leído Behemoth, nombre de un monstruo bíblico, dedicado a un Londres levantisco. (Aunque el otro monstruo, el Leviatán, ya abarcaba según él a toda la sociedad humana, campesinos inclusos). Para los buenos puritanos, la única ciudad buena era la Jerusalén prometida: las otras sólo acopiaban vicios. Tanta maldición culminaría con la idealización del campo y de la vida rural propia del mayor error romántico. A menudo se esconde bajo el llamado "descubrimiento de la naturaleza" desencadenado por el arte y en la filosofía por las ensoñaciones de Rousseau. A los románticos, tan amigos del desafuero, no se les ocurriría otra cosa que condenar las ciudades, sobre todo a medida que avanzaba el mundo industrial y el humo, el hollín y la miseria proletaria las invadía. Friedrich Engels pergeñó el clásico de la urbanofobia en su inmortal ensayo sobre Manchester, de 1844. Los bolcheviques, que no en vano hicieron la revolución con sus ideas, pensaron que en el mundo del comunismo del futuro deberían desaparecer las ciudades -por mor de eliminar la "contradicción entre la ciudad y el campo"- y ello explica que los primeros urbanistas soviéticos propusieran la desurbanización sistemática. No era idea descabellada: la Ciudad Lineal madrileña o las New Towns inglesas son hoy ecos de un esfuerzo parejo. Como los son hoy no pocos suburbios ajardinados, dependientes del automóvil, en incontables ciudades americanas, pero también europeas.

La ciencia social no ha sido nunca ajena a estas preocupaciones urbanas. A ella debemos algunas de las mejores reflexiones y propuestas. El ensayo de Fustel de Coulanges sobre la ciudad antigua, de 1864, una de las mayores reflexiones sobre la naturaleza de la ciudad, podría ser leído con provecho por más de un arquitecto o urbanista atolondrado, y no digamos La Metrópolis y la vida del espíritu de Georg Simmel, de 1903, o los escritos sobre la ciudad de Max Weber, junto a La ciudad en la historia, de 1961, posiblemente el mejor tratado sobre el asunto, que valió a su autor, Lewis Mumford, hombre de letras, la pertenencia a las asociaciones de arquitectos más selectas e incluso a los grandes premios de su arte.

Junto a esos clásicos sigue habiendo buenas razones para recomendar a nuestros planificadores un conocimiento somero de lo que aportó la Escuela de Chicago a la sociología urbana. De una crítica a aquel esfuerzo, fruto del progresismo norteamericano anterior a la II Guerra Mundial, se ha alimentado buena parte del pensamiento urbano posterior, con resultados desiguales. La lucha contra el peligro de la formación de guetos, la excesiva segregación por clases sociales o razas, los procesos de degeneración de barriadas enteras y la aparición de reductos para ricos en la ciudad capitalista moderna han encontrado mucha munición vía Chicago. (Algunos han querido criticar la célebre escuela aduciendo que olvida los "movimientos sociales urbanos", que es lo que presuntamente importa. Como si hubiera en el mundo moderno movimientos que no lo fueran. Cierto es, la guerrilla montaraz tuvo su momento -en Cuba por ejemplo- pero hoy, en todo el mundo musulmán, toda revuelta es urbana, por definición. Y los indignados, hoy también, han ocupado los núcleos emblemáticos de las ciudades españolas).

La lucha contra los males endémicos de la ciudad ha marcado por mucho tiempo una tendencia esencial en el mundo del urbanismo. Muchos pensaron que la solución era la intervención en la ordenación del territorio urbano, y así conseguían que actuaran las autoridades. Hoy la regulación, la zonificación, la calificación y recalificación están por doquier a la orden del día. Cuando aciertan, el resultado puede ser beneficioso para los moradores. Cuando no, los daños son difíciles de calcular. Las tendencias sociales -migraciones, huida de las ciudades de los grupos más dinámicos, la formación de núcleos favorables a la delincuencia- pueden ser bastante catastróficas.

Los fracasos han sido aleccionadores. Así, no hace mucho que los urbanistas han redescubierto las virtudes de la ciudad densa y castiza, la que otrora se quería ruralizar, esponjar, o dotar de grandes espacios, con avenidas imponentes, plazas más o menos "duras", parques inmensos, y vivienda asequible en grandes bloques de pisos rodeados de verdura. Esa idea ha gozado de buen predicamento entre arquitectos de la Europa meridional que han redescubierto los encantos y la calidad de vida de la ciudad mediterránea, de la "ciudad compacta". Ahora resulta que ni Génova, ni Atenas, ni Valencia están tan mal. Y ahora con El triunfo de la ciudad, del urbanólogo norteamericano Edward Glaeser, profesor de economía en Harvard, este redescubrimiento encuentra una curiosa síntesis, que quiere solucionar los problemas que plantea el exceso de planificación cuando derrota las tendencias espontáneas de la población, sin por ello caer (del todo) en una suerte de neoanarquismo urbano.

Su bestia negra son las políticas públicas urbanas que van contra aquellas corrientes más o menos inexorables. ¿Por qué salvar Detroit o Liverpool de su decadencia? ¿Por qué inyectar dinero y recursos contra lo inexorable? Cuando el huracán Katrina destruyó Nueva Orleans, ¿qué sentido tenía reconstruirla tal cual, gastando billones de dólares? ¿No era mejor subvencionar a las víctimas, generosamente, para que se marcharan a donde les pluguiera? Seguramente irían a engrosar otras ciudades, a dinamizarlas con savia nueva, piensa Glaeser.

Las ciudades, con sus centros urbanos -plagados de rascacielos en Toronto, México, Nueva York, Buenos Aires, Chicago- algo caóticos, vibrantes, intensos son la solución, y no el problema. Engendran calidad de vida de incontables ciudadanos. Las calles y barrios circundantes, también. ¿Por qué dispersar, suburbanizar? ¿Por qué no atraer talento, o promover políticas públicas para incrementar su vitalidad? La más importante -y en esto la faz progresista y claramente distanciada de todo anarquismo aparece en los argumentos de Glaeser- es la educación, las escuelas. Unas buenas escuelas primarias y secundarias en los centros urbanos atraen a clases profesionales jóvenes que buscan, ante todo, una escolarización decente para sus hijos. A su vez, el flujo de las clases medias profesionales y ambiciosas a la ciudad revitaliza los barrios en que se instalan y mejoran el transporte público, que es el que importa.

Este canto a la ciudad como tal -el título es el de El triunfo de la ciudad, no "de las ciudades" como reza el de la versión castellana- insiste en la importancia de potenciar la vida de sus gentes, no la de la ciudad misma. "Ayudemos a los pobres, no a las ciudades pobres", reza una de sus frecuentes expresiones de lapidaria sencillez. El encanto de este docto y a la vez ágil tratado de urbanismo es que también lo es de urbanidad. Vinculado por un lado con la actitud tradicional de la izquierda -y contra las fuerzas del egoísmo que no quieren para su barrio servicios molestos que es menester instalar en algún lugar- se mantiene fascinado por la tendencia de las gentes a hacer su vida y montar su hogar como les place y donde les place. Tal vez no haya resuelto esta imposible y vieja contradicción. Pero es imposible salir indiferente, ni llenos de estímulos, de una reivindicación tan feliz del modo urbano de convivir.

El triunfo de las ciudades. Cómo nuestra gran creación nos hace más ricos, más listos, más sostenibles, más sanos y más felices. Edward Glaeser. Traducción de F. Corriente Basús. Taurus. Madrid, 2011. 494 páginas. 22 euros.

domingo, 2 de octubre de 2011

Las mentiras de la crisis, de Manuel Castells en La Vanguardia

Fuente: La Vanguardia,  1 de octubre

OBSERVATORIO GLOBAL

Lo sabemos: vivimos una profunda crisis financiera provocada por la irresponsablidad de las instituciones financieras que quisieron irse de rositas, rescatadas por nuestros impuestos y con pingües ganancias para los bancos y primas millonarias para los banqueros. No es demagogia, son datos. También sabemos que cuando se cerró el grifo del crédito empezaron a caer pequeñas y medias empresas y a despedir trabajadores las grandes. Y que los gobiernos fueron tapando agujeros con dinero que no tenían, pidiendo prestado con tipos de interés cada vez más altos para regocijo de los mismos financieros.  Hasta que se les acabaron las reservas y peligró su capacidad de pagar las deudas.

Y así llegamos a la receta universal del mundo del dinero y el poder: cortar el gasto público en todos los servicios esenciales de la vida de la gente: salud, educación, cobertura social, seguro de paro y demás conquistas sociales consideradas insostenibles por quienes siguen cobrando sus sueldos y disfrutando de sus privilegios. Eso sí, hay que pagar a los acreedores, porque son bancos, franceses y alemanes en particular.

Es también sabido que Grecia no puede pagar sin una transferencia de fondos de otros países europeos, o sea, de su bolsillo y del mío. Y como hay resistencias con consecuencias electorales (desde el nacionalismo finlandés hasta el partido pirata berlinés) la opción es un impago parcial y una devaluación de la deuda griega mediante la salida de Grecia del euro. Pero resulta que la insolvencia pública y la crisis de liquidez bancaria también se dan en Irlanda, Portugal e Italia. Y, de forma aún parcialmente encubierta, en España. No es que todos los bancos sean insolventes, sino que son interdependientes y hay activos tóxicos (o sea, impagables) en muchos de ellos. No se fían unos de otros mientras nos piden que nos fiemos de ellos. Por eso se han reducido al mínimo los préstamos interbancarios. Los bancos transfieren fondos al BCE, que los hace llegar a sus destinatarios previo control de liquidez. Pero, dícese, no hay que preocuparse: la UE, o el BCE, o el FMI o el G-20 van a intervenir de forma coordinada y a restablecer la liquidez bancaria y la estabilidad financiera. Quienes así dicen saben que es mentira, que no hay capacidad política de coordinación ni capacidad financiera de intervención en un mercado global por el que circula 50 veces más capital del que los bancos centrales pudieran movilizar para contrarrestar los flujos especulativos. Ni siquiera están de acuerdo Francia y Alemania, ni Merkel con su coalición, ni la cúpula del BCE (recuerden la dimisión del número dos).

Y en cada país, autoridades políticas y reguladores financieros engañan al personal, ya sea por ignorancia, incompetencia o mentira. En España, Zapatero estuvo negando incluso la existencia de una crisis durante dos años, y cuando la tuvo que admitir, tanto él como su vicepresidenta económica periódicamente anuncian el repunte económico inminente, en contraste con la vivencia de los ciudadanos. Fernández Ordóñez, gobernador del Banco de España, ha acentuado la incertidumbre económica negando repetidamente la evidencia de la fragilidad del sistema financiero español (a veces presentado por Zapatero como el más solvente del mundo), contradiciendo incluso los diagnósticos benevolentes de las autoridades financieras europeas.

Cuando en julio constatamos que entre las nueve entidades financieras europeas que no superaron las pruebas de resistencia había cinco españolas, el arrogante gobernador rechazó la metodología del cálculo.

Siendo así que en realidad había otras tres entidades españolas (hoy con problemas) que tampoco las habrían superado si no hubiera sido porque se contabilizó como activos, sin ningún rigor, lo que esperaban obtener de su anunciada salida en bolsa. O sea: ocho de las doce entidades en peligro eran españolas. Y este mes se ha sabido que de los 16 bancos que la Autoridad Bancaria Europea declara en necesidad de ser recapitalizados, siete son españoles: ningún otro país tiene más de dos en la lista. De nuevo salió a la palestra el inefable gobernador, desdeñando la importancia de la advertencia. Y cuando las agencias de evaluación rebajan la cotización de la deuda pública española, las autoridades del país, con la ministra de Economía a la cabeza, la rechazan por injusta como si de una conspiración antiespañola se tratara. Siendo así que aunque la evaluación no reflejase la realidad, sus efectos negativos la hacen real. Tal vez piensen nuestros gobernantes (a algunos de los cuales veremos pronto en jugosos puestos de consultoría económica, pero a otros, como el gobernador, habrá que vivirlos peligrosamente) que mintiendo descaradamente tranquilizan a los mercados y reducen la ansiedad de los ciudadanos.

Alguien tendría que hacerles un cursillo de comunicación. Ni los mercados ni los ciudadanos se creen a los gobernantes. Nos han acostumbrado a que dicen lo que creen que debemos saber y no saber, porque en último término nos consideran ignorantes e irresponsables. En realidad, es esta mentira sistemática sobre la realidad de la crisis, el cómo y el porqué, lo que está ahondando la crisis de confianza entre las instituciones y las personas, sean inversores, consumidores, trabajadores o votantes. La ocultación de la verdad como forma de gobierno es una práctica generalizada en Europa y en el mundo. Nadie habla de la más que probable desintegración del euro ni explica el porqué ni el cómo se puede evitar. En esa niebla de incertidumbre, las palabras de un megalómano como Rastani tienen más credibilidad que las oblicuas declaraciones de gerifaltes emperifollados que luego explicarán que no fue culpa suya sino de otro país, del mercado, o de Casandras irresponsables. La irresponsabilidad es, en una situación de tanta gravedad como la que estamos viviendo, no hablar alto, claro, sin tecnicismos innecesarios, y plantear las opciones, sus costos, sus consecuencias, a quiénes perjudican y a quiénes benefician. Y dejar en último término que decidamos nosotros. Porque ahora vienen elecciones. Pero ¿serán el momento de la verdad? ¿O, como es habitual, el carrusel de las mentiras?